En octobre, à l'UMP, on discutait du grand emprunt. Pas facile de s'entendre, même sur les mots. "Retirez "grand", cela fait grandiloquent", conseille ainsi l'économiste Jean Hervé Lorenzi à Henri Guaino. Mais le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy ne retire rien. Il croit aux grands hommes, cite Poincaré en 1928 et Jacques Rueff en 1958 et chante le volontarisme politique : "nous sommes à la veille d'un nouveau modèle de croissance (...). L'argent du grand emprunt sera de l'argent retiré à la spéculation". Il est écouté poliment, mais pas vraiment entendu par les responsables de l'UMP. Certains, comme Eric Woerth, préfèreraient un emprunt "taille Rocard", d'autres ... pas d'emprunt du tout. "L'emprunt, c'est une bonne piste une fois qu'on a examiné toutes les autres" balance le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé. Xavier Bertrand pense avoir trouvé la parade : après le grand emprunt, la France introduirait dans sa Constitution l'obligation de présenter en 2015 un budget à l'équilibre. Personne ne relève que c'était la proposition de François Bayrou lors de la présidentielle de 2007 ...
Ce qui rend l'UMP pusillanime est simple à comprendre : le gouvernement vient de présenter un budget en déficit de 8.5 % du PIB. Et l'économiste Jacques Delpla leur annonce qu'il va falloir vivre plusieurs années avec des comptes dans le rouge, de l'ordre de 5 à 6 %, ce qui pourrait amener la dette à 100 % du PIB. Certains, comme Pierre Méhaignerie, tentent un compromis : "Oui à l'emprunt, si nous débattons en 2010 d'une réforme fiscale." Sous-entendu : sacrifions le bouclier fiscal et les niches. Déjà les députés de droite ont toutes les peines du monde à ne pas suivre le président de la commission des Lois, Jean-Luc Warsmann, qui propose de retirer le remboursement de la dette sociale dudit bouclier fiscal. Le niet est venu de Sarkozy : "J'ai été élu pour baisser les impôts." Circulez, il n'y a rien à voir ! Ainsi va l'UMP, entre le désir d'être à la hauteur du temps de crise et l'impossibilité de revenir sur ses "marqueurs fondamentaux". Le grand écart risque de durer encore longtemps.
Source : Marianne - octobre 2009






